La Mobilisation

 

   La mobilisation générale et la déclaration de guerre plongèrent la France dans un état second. Les villes commencèrent à s'organiser autour de la défense passive. Le monde agricole devait, quand à lui, prendre des mesures rapides pour assurer la poursuite des travaux de la terre. En un pareil moment, chacun avait à l'esprit la nécessité de sauver les récoltes afin de continuer à assurer une alimentation normale des Français.

La guerre inévitable

    La guerre surprit la campagne française au terme de la moisson. La récolte était presque entièrement engrangée. Jusqu'au moment de la mobilisation générale, chacun pensait que le pire pouvait encore être évité. Dès que les ordres de départ apparurent sur les murs des mairies, le doute disparut:"Nous aurons la guerre". A partir de cette date, la vie des villages changea du tout au tout. On ne retrouvait plus l'ambiance traditionnelle des fins de moisson. Les mêmes craintes, les mêmes interrogations se lisaient sur les visages autour des postes de TSF, où se regroupaient les familles. Les informations arrivaient par brides. Elles étaient pourtant assez dramatiques pour que les paysans commencent à prendre des mesures. En effet, le départ de nombreux hommes désorganisait complètement le travail aux champs.

    Il fallait donc très rapidement trouver des solutions. Il était bien évident que la France ne pouvait pas s'arrêter de manger. Le constat était assez alarmant: les hommes partaient sur le chemin du front, beaucoup de chevaux étaient réquisitionnés par l'armée. Au village, les seuls bras disponibles étaient ceux des femmes, des enfants et des vieillards.

Un début d'organisation

    Les débuts de l'organisation se déroulèrent dans le calme. On notait par moment quelques expressions de colère: "Tout cela aurait pu être évidé si la France, en 1936, n'avait pas écouté ces charlatants de politiciens." Le temps des discours était fini. La rentrée du reste des récoltes était devenue le problème majeur. En ce début septembre 1939, le blé est sauvé, mais restent encore la vigne, la pomme de terre, la betterave. Le temps devenait l'ennemi numéro un des paysans. les cultures n'attendent pas.

    Dans la suite des opérations, les femmes allaient jouer un grand rôle. Ce n'était pas une mince affaire de prendre ainsi la place des hommes en plus de leurs tâches habituelles.

Mobilisation des scouts de France

    Très vite, des renforts vinrent décharger les Françaises d'une partie de leur fardeau. Notamment les scouts de France. Appelés par leur quartier général, ces enfants de plus de quinze ans, non mobilisables, purent rejoindre, par endroits, les fermes pour les récoltes.

    Du côté de la ligne Maginot, les fermiers pouvaient compter ponctuellement sur la main d'oeuvre militaire. Les jeunes enfants disponibles travaillaient aussi. Ils savaient que la tâche accomplie était aussi importante que celle d'un père parti sur le front. Grâce au concours de tant d'énergie les récoltes purent être sauvées.

Les réserves de la France

    Les denrées essentielles ne firent pas défaut aux Français. Le blé tout d'abord. Les gelées de printemps qui, en de nombreuses régions, avaient couché les récoltes n'empêchèrent pas 1939 d'être une année de production normale.

    De plus, la moisson de l'année précédente, la plus abondante depuis 1898, avait laissé un excédent de 18 000 quintaux. Les besoins en pain, farine pouvaient être largement couverts. En revanche, la production médiocre de betteraves de 1938 avait entraîné une hausse importante du prix du sucre. Pourtant, les premières estimations de la récolte effectuées avant la mobilisation étaient encourageantes. Le sucre allait être plus abondant, donc son prix devait diminuer. Le beurre, à ce moment bon marché, allait quant à lui largement augmenter au cours des mois suivants. Les magazines de l'époque conseillaient ainsi aux ménagères de ne pas attendre la hausse et de préparer quelques conserves soit de beurre fondu, soit de beurre salé pouvant facilement se conserver six mois. Les stocks de grain et de foin restaient assez abondants pour satisfaire les besoins de l'armée et de la ferme.

La viande hors de prix

    La production animale n'était pas très bonne en cette fin d'année 1939. Chacun se plaignait depuis longtemps des prix atteints par la viande. La différence très sensible entre les prix à la production et à la consommation était une fois de plus au cœur du débat. Les statistiques montraient que depuis 1930, le prix du bœuf à la production était resté quasiment inchangé. Pourtant, le coût du kilo chez le boucher avait largement progressé. De la même façon, le prix du porc atteignait des records.

    L'état des réserves et la récolte de 1939 permirent une alimentation normale du pays. Les arrivages s'effectuaient sans problèmes sur les marchés des grandes villes. Rien ne manqua. De son côté, l'intendance de l'armée commença à roder une organisation permettant d'approvisionner correctement les troupes du front.

 
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